Tends la pâte, la clôture n’est plus électrifiée, mais la rumeur des vaches au supplice se conserve, avec l’herbe brulée par le frimas qui jaunit, avec les jets d’urine maladroits qui dans le froid sont des nuages  ;  mais le fil ne chante pas l’énergie qui le traverse. 


Donne-moi ta main, s’il te plaît, pour la mordre, comme le quignon des matins le weekend, faire l’impression de mes dents entre tes veines, et ne pas les écraser, respecter le bleu partout  ;  où il y’a du bleu je ne mettrai pas de sang. 


Il y a du sang dans les graminées, les bouses du champ ont la couleur d’une ecchymose de la veille. Vue d’en haut, la parcelle prend du repos, comme un enfant morbilleux aux intervalles d’herbe saine. Tes globules rouillent le fer des frontières, qui contiennent le ciel et du méthane poreux. La clôture ne retient presque plus les moutons  ;  son incontinence marque la campagne, et l’érode. 


La clôture se couvre de gouttes bipèdes dressées sur les fibres mi-métalliques mi-plastiques, elles ne tomberont pas mais attendront l’après-midi, que le soleil les fasse disparaître  ;  elles se dresseront tellement, qu’elles se lèveront de leurs chaises pour voler. 


Allongé par terre, un mouton nu, comme un python blanc, ou un blanc de poulet dans une barquette de polystyrène. Je veux l’embrasser et le cacher dans mes lèvres, mais je veux aussi un peu de sa laine  ;  quand l’hiver fige la campagne percluse dans le gel, quand l’hiver est un statuaire. 


Il y’a un jeune homme avec un bâton, il y’a un jeune homme et je sais, je le connais. Dans le pré,  il dépasse d’une tête la frontière des abeilles, des pompons de duvet qui dessinent l’horizon sous le ciel. Les criquets sautent alors que je rampe, et ce feu d’artifice, s’étend en tache d’huile vers le berger, et l’éclaire   ;  ma pyrotechnie c’est l’aube enflammant les bocages.


Le doigt posé sur la clôture se contorsionne, puis tombe contre un épi de blé. La châtaigne frappe les phalanges sont des grains qu’il faut moudre. Je ferai du fourrage pour jeune homme avec la nouvelle herbe. Il lâchera son bâton, ses molaires rumineront une mousse verte aux cadrans de sa bouche. A quatre pattes, je verrai son cul déborder les ombelles  ;  il n’aura plus de visage. 
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